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  • : Le titre du blog est ironique : "DEVELOPPEMENT DURABLE DE LA PRECARITE". Il fait référence à une précarité qui s'amplifie et s'installe donc se développe durablement. Rosecelavi est un modeste hommage à Marcel Duchamp (Rrose Sélavy).
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COURRIER

Vendredi 1 février 2008 5 01 /02 /2008 21:39

Kanakement vôtre

vendredi 1er février 2008


Bonjour C,

 

Cela fait un moment que je voulais vous écrire pour vous faire part de la situation.

 

Jeudi dernier, un de nos camarades a été embarqué sur son lieu de travail. Il a passé la nuit dans une prison (pas en cellule de dégrisement) mais dans une cellule spéciale située au sous sol, très sale, avec du sang encore frais, sûrement le sang de nos camarades qui ont été tabassés par le GIPN, on avait fait exprès de ne pas nettoyer cette cellule. Il avait enregistré sur son mobilis un film où on pouvait voir le GIPN caillasser les voitures des grévistes, lors du conflit du 16-17 jan. Quand il est ressorti de prison, il n’y avait plus aucune photo sur son mobilis, même les photos de ses enfants avaient été supprimées.

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Jean G. m’a demandé de vous saluer et de vous souhaiter une bonne année. C’est mon oncle c’est pourquoi je témoigne de ce qu’a subi son fils, Christopher. Agé de 17 ans, Christopher a été tabassé par 4 GIPN qui ne savaient pas qu’il était mineur. Il s’est fait chopé lors du conflit. Il fait partie des 5 blessés graves. Il porte les marques sur son visage de l’acharnement d’un GIPN qui n’a pas hésité à chiffoner sa face contre le sol après l’avoir roué de coups. Fort heureusement, Christopher est sorti 2 jours après son interpellation (lui aussi a été traîté comme un grand criminel) du fait que c’est un mineur ; sinon, il serait de l"autre côté. La violence dont a été victime Christopher a mobilisé encore un peu plus de jeunes venus en solidarité.

 

Chaque jour, des responsables syndicaux sont interpellés, présents ou pas les 16/17 janv derniers, soit au travail soit chez eux : la chasse à l’homme est ouverte ! Ils sont arrêtés devant femmes et enfants, sans ménagement et passent la nuit en prison. Il faut absolument que "la protection de l’enfant" constate le traumatisme que subissent les enfants de nos responsables ! C’est grave ! Les droits de l’homme tout simplement sont bafoués ! Nous dénonçons l’abus de pouvoir, la manipulation de la justice à des fins politiques. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, par le biais des juges, du procureur, de la police et du gouvernement ne signifie plus rien ici, en Kanaky.


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La grève est illimitée et nous manifestons tous les 2 jours, afin d’interpeller l’opinion publique, l’Etat et le gouvernement. Il faut témoigner de ce qui se passe actuellement car la situation ne va pas en s’améliorant ; les médias sont contrôlés par la Province Sud et le gouvernement ; tant à droite qu’à gauche. Tout n’est qu’intérêt politique à la vue des prochaines élections municipales.

 

Le 25/01/08, nous étions en grève générale et nous nous sommes rendus au commissariat de Nouméa en solidarité avec nos camarades emprisonnés, pour demander leur libération, pour être entendu et nous déclarer coupables au même titre que ceux injustement détenus à « l’île de l’oubli ». La seule chose qui peut nous être reprochée est que nous faisons partie d’un syndicat indépendantiste qui dérange l’actuel gouvernement et les lois « sarkosiennes », dignes d’un régime totalitaire. La police a refusé de nous entendre. Le président a appelé chaque camarade femme à venir soutenir O. la femme d’un responsable de l’USTKE, venue porter plainte contre le GIPN et leurs méthodes barbares : elle avait été choquée ainsi que ses enfants quand le GIPN a débarqué chez elle, tous cagoulés et armés, pensant trouver son mari. Le président a déclaré que chaque jour, des camarades viendront témoigner des agissements du GIPN.

 

Lundi, 4 camarades ont été entendus dont une femme. Durant les interrogatoires, ils n’ont cessé d’être harcelés et jugés ; le Président Jodar a été dénigré ainsi que le Parti Travailliste. Chacun d’eux a demandé de conserver une copie de leur déposition ce qui leur a été refusé après qu’ils aient chacun signé leur déposition. En assemblée générale, un des 4 camarades a conseillé aux prochains qui iraient déposer d’être forts mentalement car l’oppression est grande de la part des policiers surtout des policiers locaux, kanak, océaniens, qui abusent de leur pouvoir...

 

Hier matin, soit un jour après les 4 premiers témoignages des camarades de l’industrie, le GIPN s’était posté au péage en espérant attraper Gégé : cagoulés, sur le ventre, armés, comme dans un film. Ils ont contrôlé chaque véhicule du cortège qui protège le Président. Un des GIPN a d’ailleurs déclaré « quand on attrapera Jodar, il va passer un sale quart d’heure ! ». Ce même jour, à 3h du matin, l’USTKE a bloqué la CSP, filiale de VEOLIA, en solidarité avec Carsud. Ces messieurs dames de la police ont tous cru que nous allions bloquer le Haussariat et étaient donc tous mobilisés, damés de fourgons, de flics, de gardes mobiles…

 

Le week-end dernier nous avons organisé 2 journées de solidarité pour récolter des fonds pour les familles des emprisonnés, des grévistes de Carsud et pour pouvoir payer les avocats qui défendront nos camarades et dénonceront les agissements des forces de l’ordre.

 

La lutte continue et nous voulons vous faire part de la situation car plus le temps passe plus nous nous dirigeons vers l’affrontement « final ».

 

Je ne peux hélas plus vous témoigner car l’AG va commencer.

 

Merci de faire passer le message car rien ne va plus, et le monde doit savoir ce qui se passe ici. On se croirait revenu 20 ans en arrière au temps des évènements qui ont marqué et déchiré la vie de chaque Kanak. Nous nous battons pour que nos droits soient respectés, et pour notre terre nourricière Kanaky sur laquelle nos enfants grandiront, dans la paix et le respect.

 

Je vous laisse et vous salue bien…LA LUTTE CONTINUE ! VIVE L’USTKE, VIVE LE PARTI TRAVAILLISTE, VIVE KANAKY LIBRE ET INDEPENDANTE !!!

 

Kanakement vôtre

D.


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Par Rosecelavi - Publié dans : COURRIER
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Mardi 5 février 2008 2 05 /02 /2008 23:33

Manif au pénitencier

lundi 4 février 2008




Bonjour C,

Juste pour témoigner de la journée du samedi 2/02/08.

 

Samedi, nous nous sommes dirigés en cortège vers l’île Nou, au pénitencier du Camp Est de Nouville, là où sont emprisonnés nos camarades en attente du jugement le 22/02/08. A notre arrivée vers 9h30, nous avons installé les banderolles de l’USTKE + la sono + les pavillons (tentes). Le but principal était de faire part de notre soutien, notre solidarité aux camarades derrière les barreaux, en faisant témoigner leur famille et nos responsables ; le président du Sénat Coutumier a fait part de son soutien en dénonçant l’attitude de la police qui a tabassé nos frères.

 

Cette journée était également consacrée à la récolte de fonds pour aider les camarades emprisonnés + avocats + grévistes Carsud. Les boissons étaient payantes + la restauration. Nous avons organisé également un bingo + un tournoi de pétanque qui ont continué sur la journée de Dimanche.

 

Femmes et enfants des camarades emprisonnés ont témoigné au micro. Pour ma part, j’en ai eu les larmes aux yeux : c’était poignant de voir la détermination des familles malgré l’emprisonnement de leur mari et père. A un moment, la fille dun camarade emprisonné a déclaré : "Papa, tu es injustement emprisonné mais ta cause, elle est juste, je suis de tout coeur avec toi ainsi que les camarades emprisonnés". Les camarades de "l’île de l’oubli" ont pu entendre leurs proches durant leur pause d’un quart d’heure.

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Nous avons quitté les lieux aux alentours de 17h et SURPRISE : à l’entrée de la presqu’île, les GIPN (2 cagoulés) + une dizaine de la police municipale + nationale en train de contrôler chaque véhicule + inspecter les coffres. Nos responsables avaient quitté le Camp Est un peu plus tôt : FORT HEUREUSEMENT, car c’est eux que la police espérait trouver dans les coffres des voitures. J’étais en compagnie de ma fille, elle a été choquée de voir ces gens cagoulés et j’ai eu du mal à lui expliquer ce qui se passait ; elle a paniqué quand l’agent de police m’a demandé de descendre de voiture et d’ouvrir le coffre de ma voiture. Comment lui expliquer qu’ils font leur travail quand moi même je ne les comprends pas ?! Nous nous sommes tous dirigés vers le syndicat et les activités ont continué malgré la nuit et la pluie. Je suis ravie que personne n’ai été pris par la police, ce jour là.

 

Nous avons AG ce soir comme d’habitude à 18h. Je te contacterai s’il y a + d’infos.

 

J’apprends à l’instant qu’un hélicoptère survole depuis ce matin la Vallée du Tir, le QG du syndicat. LA CHASSE A L’HOMME EST + QUE JAMAIS OUVERTE !!!

 

Bien à toi,

 

Y

Par Rosecelavi - Publié dans : COURRIER
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Vendredi 29 février 2008 5 29 /02 /2008 10:04
Le Ministère de l'intérieur et de l'aménagement du territoire menace les passagers de les poursuivre s'ils osent intervenir lors d'expulsions :

 DELIT D'ENTRAVE A LA CIRCULATION D'AERONEFS,
ET DELIT DE SOLIDARITE SONT PUNIS PAR LA LOI
A BON ENTENDEUR SALUT !

Vol Paris -Casa du 27/02/2008
 

Je faisais partie des passagers du Vol Paris-Casa hier, lors du contrôle de passeports, un policier m’a remis un papier :

entête (République française, Ministère de l’Interieur et de l’Aménagement du territoire).

Notice d’information :

Mesdames, Messieurs,

Vous avez peut être été sollicité, à titre personnel ou pas des incitations, pour vous opposer à l’embarquement d’une personne expulsée de France en vertu d’une décision légale prise par une instance administrative ou judiciaire et qui embarquera sur le vol que vous empruntez aujourd’hui.

Les éléments suivants doivent être portés à votre connaissance, afin que nul n’en ignore :

La décision de reconduite d’un étranger est un acte légitime de l’Etat français, qui s’exécute après que toutes les voies de recours aient été épuisées.

A ce titre, le fait d’entraver de quelque manière que ce soit la navigation et la circulation des aéronefs et d’empêcher le départ de cet aéronefs en incitant les passagers à faire débarquer une escorte policière ainsi que l’étranger non admis sur le territoire national ou reconduit hors des frontières françaises, en opposition avec les règles de sécurité et les procédures applicables aux décollages aéronefs, est un délit prévu et réprimé par l’article L 282-1 4° du code de l’aviation civile.

Ce délit sera puni d’une peine de 5 ans d’emprisonnement et d’une amende de 18.000 euros.

La tentative est punie des mêmes peines.

1. En outre, l’outrage et la rébellion, délits prévus et réprimés par les articles 433-5 et 433-6 du code pénal, pourront également être retenus à l’encontre de l’auteur, qui encourra une peine de 6 mois d’emprisonnement et d’une amende de 7.500 euros. Si ce délit est commis en réunion, la peine sera d’1 an d’emprisonnement assortie d’une amende de 15.000 euros.

2. Enfin, la destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui (tels que les matériels composant l’aéronef...) est un délit prévu et réprimé par l’article 32261 du code pénal.

L’auteur de ces faits pourra être puni d’une peine d’emprisonnement de 2 ans et d’une amende de 30.000 euros.

Toutes ces peines pourront vous être appliquées sans préjudice de recours civils engagés à votre encontre par la compagnie aérienne, pour réclamer des indemnités de dédommagement.

Nous vous prions de ne pas vous associer à cette consigne et de respecter scrupuleusement les instructions de sécurité de la compagnie aérienne, lors des phases de roulage et de décollage de l’appareil

Le directeur de la PAF de Roissy Charles-de-Gaulle"

Une fois dans l’avion, nous sommes entrés par le devant de l’avion et après quelques minutes, on a entendu des cris à l’arrière de l’appareil, c’était des étrangers accompagnés de policiers qui devait être expulsés, plus tard on saura que c’était des maliens. Ils n’étaient pas brutalisés par les policiers, mais ils étaient désespérés, leurs cris étaient comme des coups de poignards dans le coeur, les protestations ont commencé à fuser, et des personnes sont parties parler aux policiers à l’arrière, il y a eu des échanges, pas d’insultes, le ton est parfois monté mais ça restait "correct", celà a duré une demi-heure environ, peut être plus, tout s’est calmé, certains ont regagné leur place, ensuite les CRS ont débarqué dans l’avion, 17 selon une dame avec des boucliers, ils ont commencé à arrêter certains passagers de façon musclée, puis on nous a menacé d’arrestation si on essayait de filmer avec nos portables, ou si on protestait... nous avons été choqués, des passagers ont fait des malaises, puis le commandant de bord a demandé à faire évacuer l’avion, à peu près une demi-heure plus tard, le commandant a demandé aux passagers s’ils acceptaient de remonter dans l’avion, deux passagers ont refusé, les policiers et les maliens n’étaient plus dans l’avion parce qu’ils avaient raté leur correspondance à Casa pour Bamako.

L’avion a donc décollé sans 6 passagers (deux sont partis et 4 ont été arrêtés), le reste des passagers était terrifié...

(Merci à Patelle pour l'info)

De : Lilalilou
jeudi 28 février 2008
      



Un envoyé très spécial : scénario écrit par Brice Hortefeux ?


Par Rosecelavi - Publié dans : COURRIER
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Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /2008 09:42
NGAJUI FOSSO Serge
9, Villa Jean Jaurès
92110 Clichy-La-Garenne – France
+33.6.26710385    
                                                                             
 
Madame, Monsieur,

Nous sommes le 26 avril 2008, je me rends au Cameroun pour mes vacances. Je pars de Clichy à 5:30 en taxi pour l’aéroport CDG1. Nous partons de Paris à 7:40 pour Bruxelles avec le vol SN3610 Brussels Airlines et je dois prendre la correspondance pour Douala à 10:40 à l’aéroport de Bruxelles.

Lors de mon entrée dans l'avion entre 10:00 et 10:45, je suis bien accueilli par les hôtesses, je vais rejoindre mon siège, le N° 41H qui se trouve à 5 ou 6 rangées du fond de l'avion. Lorsque j'y arrive, il y a au fond de l'engin à la dernière rangée des hommes habillés en ténue grise et qui essayent de maitriser un homme de couleur noire. Celui-ci se débat et crie : « Au secours, laissez moi, je ne veux pas partir». Les hommes en gris essaient de lui empêcher de parler en l’étouffant. Le jeune homme se débat comme il peut et continue de crier car il y a autour de lui 4 colosses en gris qui essaient de le neutraliser. D’autres policiers en civile ont établie un périmètre de sécurité et personne ne peut aller vers le lieu du drame qui se déroule sous nos yeux.

Je me rends compte que c’est une expulsion, l’homme que l’on expulse est toujours maitrisé et étouffé et pousse des cris que l’on n’entend plus bien.

Je me souviens alors de Semira Adamu, une jeune nigériane qui était morte en septembre 1998, il y a 10 ans lors d’une expulsion similaire à celle qui se déroule sous mes yeux dans un avion de Sabena. Que dois-je faire ? Rester sans rien dire ? Et s’il lui arrivait un malheur ? Agir ? Je suis tourmenté.

En tant que militant des droits de l’homme et des droits des étrangers, je ne peux pas supporter une scène pareille. Je me lève, interpelle l’hôtesse de l’air la plus proche de moi et proteste fermement et à haute voix que nous sommes dans un vol commercial et que je ne saurai voyager dans ces conditions. D’autres passagers jusque là restés calme se lèvent et protestent à leur tout. Je filme comme d’autres passagers la scène avec mon appareil photo. Devant cette protestation générale, les hommes en gris quittent l’avion avec leur passager. Quelques minutes plus tard, alors que le calme revient, des policiers montent dans l’avion, trois personnes sont désignées par les policiers en civil qui avaient établie le périmètre de sécurité, je suis parmi ces trois personnes. Les policiers nous demandent de quitter l’avion, lorsque je pose la question pourquoi, ils se jettent sur moi, me menottent les mains, des coups surgissent par ci et par là, je saigne, je suis trainé dans les couloirs de l’avion et puis dans las escaliers avant d’être jeter dans un fourgon de la police sans mes 2 valises en soute  et ma petite valise de cabine. Leur acharnement sur ma personne laisse à penser qu’ils n’ont pas digéré la protestation des passagers. J’ai quelques bobos sur le visage et les mains blessées par les menottes. De ce fourgon, je remarque qu’une policière en civile qui était aussi dans l’avion a mon appareil photo dans les mains et visionne certainement ma petite vidéo de la scène dans l’avion. Une dure et longue journée commence pour moi sous les insultes et les maltraitances des policiers qui m’emmènent au cachot de l’aéroport de Bruxelles.

A 13:35 la police nous libère, nous sommes 2 à ce moment là. Un autre camerounais qui était dans la bande des trois expulsés et moi. Je n’ai plus vu le troisième, un homme de couleur blanche.

Au moment de notre libération, la police nous informe que nous ne voyagerons plus Brussels Airlines pendant les six prochain mois. A la question de savoir comment nous allons faire pour nous rendre au Cameroun, la police nous renvoie vers la compagnie.

Avec mon compagnon d’infortune, nous nous y rendons. Nous demandons à rencontrer l’un des responsables de la compagnie, on nous indique que le responsable de la sécurité de la compagnie arrivera bientôt. Nous patientons, j’ai une pensée pour ma petite fille qui m’attend à Douala avec impatience, joie et enthousiasme et qui certainement sera très déçu de ne pas me voir ce soir. Je suis en colère, très en colère.

La responsable de sécurité de la compagnie arrive enfin et nous informe que nous avons tous les 2 étés fichés dans la liste noire (pas blanche) de la compagnie et ne pourrons plus voyager avec elle pendant les 6 prochains mois. Je lui demande alors comment nous faisons dans ce cas pour arriver à Douala. Elle nous indique que c’est de notre responsabilité et qu’en plus nous ne serions pas remboursés. Après ces mots, ma colère monte de plus en plus, mon ton aussi, je signale a cette dame que je n’ai pas de problème si je ne voyageais plus jamais avec Brussels Airlines, mais que je souhaite rentrer à Paris et surtout me faire rembourser car sa compagnie n’a pas rempli son contrat. Mon ton est haut mais courtois, les passants nous regardent, la dame appelle la police qui vient et me ramène cette fois seul au cachot. J’y resterais jusqu’à 22:00 sans mangé, ni boire et ni contacter ma famille.

Mon neveu qui habite Mons est contacté et arrive avec son épouse entre 21:00 et 22:00. Les policiers m’informent de leur présence et m’indiquent que je suis libre de rentrer avec eux. Je leur dis que je ne comprends pas pourquoi j’ai été en cellule toute la journée dans ces conditions et que je ne souhaite pas la quitter avant qu’une solution ne soit trouvée à mon problème : partir à Douala ou rentrer sur Paris et être remboursé. Des explications se font de part et d’autres, les policiers souhaitent que je quitte la cellule et moi je souhaite y rester, ce qui visiblement ne les satisfait pas. Les policiers décident donc de me sortir de la cellule par la force, me remettent mes affaires, je refuse de les prendre. L’un d’entre eux me menace, me tient par le cou et me pousse hors de leurs bureaux et me balance mes affaires sur la figure, je m’en vais sans les ramasser. Mon neveu et son épouse me rejoignent je suis une fois de plus en colère, très en colère de tout ce qui se passent. Je leurs demande de rentrer à la maison, ils refusent évidemment.

L’épouse de mon neveu va voir l’un des policiers qui lui donne mes affaires et des informations sur les démarches que je devrais faire. Elle revient avec mes affaires, il y manque mes lunettes de soleil Ray Ban et en plus la vidéo de la scène dans l’avion a été effacée de mon appareil photo, sûrement par la policière qui avait mon appareil photo. Une preuve vient d’être détruite, heureusement pas toutes car d’autres passagers ont filmé la scène. Je suis toujours en colère, très en colère, je pense à ma petite fille pour qui j’ai exceptionnellement pris mes congés, je suis en colère parce que ces derniers jours ont été éprouvants professionnellement, physiquement et moralement. Je suis en colère, très en colère parce que je suis du genre calme, courtois et surtout pas violent. Or toute cette journée, j’ai été traité avec mépris et violence parce que j’ai été un moment la bouche d’un malheur qui n’avait point de bouche, parce qu’en protestant dans l’avion, je suis allé au secours d’un être humain qui était maltraité et qui demandait du secours.

Je suis en colère parce que je suis fatigué et que je souhaitais prendre quelques semaines de repos et aller passer du temps avec ma petite fille. Je ne sais pas quand et comment je me rendrai au Cameroun. Je ne sais pas au moment où je vous écris où sont mes valises.

Avec patience mon neveu et son épouse mon convaincu de le accompagner chez eux à Mons. Nous avons demandé une attestation indiquant que j’étais en cellule de 11:00 à 22:00, le policier de faction a eu la gentillesse de m’en donner une en Néerlandais. Nous sommes arrivés à Mons peu après minuit. J’avais des douleurs partout, sur le visage, les bras, les doigts au dos et une très grosse faim, j’ai mangé sans appétit et je suis allé me coucher.

Ce matin, je suis un peu plus calme, j’ai encore quelques douleurs aux doigts, aux bras et au visage. Je vais me rendre à Bruxelles pour me faire signifier officiellement que je suis sur la liste NOIRE de la compagnie, que je ne voyagerai plus avec cette compagnie et que je ne serai pas remboursé. J’espère également retrouver mes valises dans l’état où je les avais confiés à la compagnie. Une autre dure journée va commencer, comment se terminera-t-elle ? Je n’en sais pas grand-chose pour le moment.

Je peux simplement préjuger qu’elle ne sera pas facile car je ne compte pas laisser passer cette histoire sans réagir. Je vais faire un appel à témoins et engager une action contre Brussels Airlines. On en reparlera.

Sur ce, je vous souhaite un bon et agréable dimanche.
Prière diffuser largement ce message.

A bientôt ! Et mon combat continue.
Par Rosecelavi - Publié dans : COURRIER
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Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /2008 18:43
Message de  Monsieur Serge NGAJUI FOSSO


Bonjour à tous, 

Surtout merci pour tous vos témoignages, vos encouragements, votre soutien et vos conseils qui sont déjà miens.

La situation à ce jour est la suivante :

    * Je me suis fait établir un certificat médical.
    * J’ai reçu la lettre de Brussels Airlines me notifiant ma condamnation et ma suspension de tous ses vols pour les six prochains mois à partir du 28 avril 2008.
    * J’ai rencontré la ligue des droits de l’homme de Belgique, qui ma proposé une aide juridique et travaillera avec le CIRE sur cette affaire. Un avocat a ainsi été trouvé et j’ai eu hier soir une conversation téléphonique avec elle. Nous travaillons donc ensemble sur les actions à menée.
    * Notre première action sera d’adresser une réponse à la lettre de Brussels Airlines.
    * Ensuite nous allons porter plainte.
    * Je vais préparer un appel à témoin que nous diffuserons à tous nos contacts pour recueillir des témoignages de passagers présent sur ce vol et ayant été témoin ou filmé la scène.
    * Une autre démarche qui m’a été proposé et que je trouve intéressante serait que chacun d’entre nous envoie un message de protestation à la compagnie SNBA. Je pense que le nombre de message qu’elle recevra lui permettra de mieux prendre la mesure de la situation. Nous conviendrons du fond et de la forme de message avant son envoie.
    * Je suis en ce moment à Clichy-La-Garenne.
    * Tous mes bagages sont en ce moment à Douala, je les récupérerai en fin de semaine.

Je vous prie de bien vouloir tenir tous vos contacts informés
 
Merci une fois de plus et le combat continu
 
Serge
Par Rosecelavi - Publié dans : COURRIER
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Samedi 21 juin 2008 6 21 /06 /2008 14:57

RESF refuse

de rencontrer Monsieur Hortefeux


Pour le Réseau Éducation Sans Frontières
Richard Moyon
16 juin 2008

Monsieur le ministre,


Vous avez souhaité rencontrer des représentants du Réseau Éducation Sans
Frontières avant la présidence française de l’Union européenne. Dans le
contexte actuel, une telle entrevue nous semble inutile. Nous ne répondrons
pas à votre invitation.

Malgré les fortes réticences de certains d’entre nous, dues entre autres à
l’intitulé de votre ministère, nous avions accepté d’être reçus l’an dernier
pour ne pas condamner votre politique avant que vous l’ayez officiellement
énoncée.

Depuis lors vous avez fait vos preuves, au-delà de tout ce qu’on pouvait
redouter.

Vous avez fait voter une loi destinée à empêcher les parents et les enfants
de vivre ensemble et jetant l’opprobre sur une immigration dont votre texte
insinue, par son existence même, qu’elle serait trop prolifique et aux
filiations si douteuses qu’il faudrait recourir aux tests ADN pour les
établir - pratique jusqu’alors réservée aux affaires criminelles. Vous avez
assigné à vos services l’objectif de 25 000 expulsions en 2007, 26 000 en
2008, 28 000 en 2009, précisant à l’unité près, les quotas dus par chaque
préfecture, comme s’il s’agissait de fret. Que n’exprimez-vous vos objectifs
en têtes ou en quintaux ? Une expulsion est un cataclysme. C’est tout à la
fois une arrestation inopinée, un emprisonnement, la privation de son
logement, un licenciement minute, la spoliation de la totalité de ses biens,
parfois la séparation brutale d’avec son conjoint et ses enfants, la
dislocation de tout lien avec son milieu et ses amis et une reconduite
contrainte, éventuellement assortie de violences. C’est une humiliation
totale dont on ne se remet pas. Le pays dans lequel on avait placé son
espoir d’une existence nouvelle, qu’on avait parfois bataillé des années
pour rejoindre, vous rejette, vous expulse et vous dépose comme un déchet,
sans bagage, sur un tarmac où personne ne vous attend. Même quand les
expulsés ont des proches au pays, il arrive que la honte les empêche de les
rejoindre : celui qui faisait vivre toute une famille est devenu une charge.
Nombre d’expulsés finissent désespérés, désocialisés, à la rue, mendiants,
fous ou suicidés.

Ces ravages ne sont ni des accidents, ni des faux frais de votre politique.
Ils sont son essence même. Définissant le rôle de votre ministère dans une
lettre aux évêques de France, vous assuriez : « Il faut [...] adresser un
message clair aux candidats à l’émigration, en leur démontrant que la
clandestinité est une voie sans issue ». Comment faire cette démonstration ?
Toute l’histoire en témoigne, les seuls « messages clairs » susceptibles de
faire fuir une population de là où elle est établie ou de l’empêcher de se
rendre là où elle espère un avenir sont la violence et la terreur. La
société française n’est aujourd’hui pas prête à accepter le recours à la
violence ouverte. Heureusement. Mais la longue liste des situations
choquantes de brutalité engendrées par votre politique témoigne du risque
d’une dérive. Quelques exemples, en quelques mois, à Paris. 20 janvier 2008,
Sena, 9 ans, passait 24h, seul, enfermé chez lui, terrorisé. Son père sans
papiers était en garde à vue au commissariat du 10e. 8 février, Osman, 2 ans
et demi était seul pendant 3 jours, son père en rétention à Vincennes, sa
mère à l’hôpital en train d’accoucher. 4 mars, Cécile, 6 ans et Sylvie, 5
ans, étaient seules, leurs parents en garde à vue au commissariat du 20e...
Mars, Jennifer, 2 ans et Yasmina, 2 mois et demi, seules pendant 15 jours,
leurs parents en rétention, lui à Vincennes, elle à Cité... 27 mai 2008,
Jeanne, 2 ans seule, son père en rétention à Vincennes, sa mère alors au
Sénégal... A chaque fois, la police était informée que les enfants étaient
seuls. A chaque fois, des parents, amis, militants du RESF ont veillé à la
sécurité des enfants ; Samir, 19 ans, élève du LP de Villeneuve sur Lot
expulsé moins de 24 heures après son arrestation sur une convocation piège.
Des arrestations au domicile de familles entières. 240 enfants en rétention
en 2007. Yvan, Tchétchène de 12 ans, rendu invalide après être passé par la
fenêtre à Amiens en août 2007 pour n’avoir pas affaire à la police
française. Chunlan Zhang tuée à Belleville dans les mêmes circonstances.
John Maïna, 19 ans, suicidé en février 2008 en apprenant que l’asile lui
était refusé, Baba Traoré, 29 ans, noyé dans la Marne en avril 2008 pour
échapper à un contrôle de police. Ces morts, ces drames, ces
automutilations, ce désespoir qu’engendre votre action ne vous hantent-ils
pas ? Etes-vous fier d’imposer de telles missions à vos services ?

Il vous arrive d’en dire peut-être plus que vous ne le souhaiteriez. C’est
ainsi que vous déclariez dans Le Figaro du 25 avril 2008 : « Si mon souci
est de répondre aux besoins des secteurs en pénurie de main d’œuvre, j’ai
aussi le devoir d’accompagner l’ensemble de la communauté nationale vers
l’emploi. [...] Dois-je laisser sur le bord de la route des étrangers qui
ont fait l’effort d’entrer légalement sur le territoire, de satisfaire le
parcours d’intégration ? Faut-il sacrifier leurs enfants nés ici ? [...].
Discours stupéfiant. Est-ce à dire qu’il y aurait des emplois « réservés » ?
Occupés par des sans papiers aujourd’hui, ils seraient « offerts » aux
immigrés en situation régulière ou à « leurs enfants nés ici », c’est-à-dire
Français pour la plupart mais n’ayant pas la tête à l’être assez pour qu’on
ne leur propose pas les emplois dévolus aux immigrés. Jusqu’à combien de
générations ? A trop finasser on s’expose à laisser échapper une sottise ...
ou le fond de sa pensée ? Il serait utile que vous vous expliquiez
clairement et le cas échéant, vous corrigiez ces propos.

La directive « retour » que vous avez adoptée avec vos collègues de l’Union
européenne place les étrangers sans papiers dans des conditions proches de
celle de l’état de siège : jusqu’à dix-huit mois d’internement pour le seul
fait d’avoir franchi des frontières et de vouloir vivre en Europe ;
rétention et expulsion de mineurs et de personnes vulnérables (femmes
enceintes, personnes âgées, victimes de torture...) ; possibilité d’expulser
des personnes vers un pays de transit, même en l’absence de lien avec ce
pays ; interdiction de retour sur le territoire européen pour une durée de
cinq ans de ceux ayant été expulsés ; absence d’obligation de fournir un
titre de séjour aux étrangers souffrant de maladies graves ; application aux
mineurs isolés de l’ensemble de ces mesures.

Les objectifs que vous dites vouloir assigner à la présidence française
(interdiction des régularisations, renforcement des actions policières,
discours sur l’aide au développement, identiques depuis 1970) sont dangereux
et, de plus, inefficaces. Selon les chiffres de votre ministère, de 200 à
400 000 étrangers sans papiers vivent en France. Il vous faudrait de 8 à 16
ans pour les expulser tous, au rythme de 25 000 par an, à supposer qu’il n’y
ait ni naissance, ni entrée nouvelle.

L’action du RESF depuis quatre ans a contribué à mettre en évidence une
évolution profonde de la société française, l’acceptation de ce qu’elle est,
une société diversifiée du point de vue de ses origines. Le courant auquel
vous vous rattachez prétend par calcul politicien enrayer cette tendance de
fond. A cette fin, il recourt à des moyens attentatoires aux droits de
l’Homme et à la dignité.

Nous sommes convaincus que si d’aventure un manuel d’histoire consacre un
jour quelques lignes à votre action, elles ne vous feront pas honneur.

Ajoutons, pour finir que rien dans vos récentes déclarations ne laisse
augurer un changement de votre politique ni même l’ouverture d’un dialogue
dont la seule fonction à vos yeux semble être une opération de communication
en prélude à la présidence française de l’Union européenne.

Ces raisons, entre autres, nous font décliner votre proposition d’audience.
Nous vous prions, Monsieur le ministre, d’agréer l’expression de la
considération que mérite votre politique.

Pour le Réseau Éducation Sans Frontières
Richard Moyon
16 juin 2008
Par Rosecelavi - Publié dans : COURRIER
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Samedi 27 décembre 2008 6 27 /12 /2008 21:08

"J'AI PEUR QUE CE METIER QUE J'AIME

ME TRANSFORME EN ASSASSIN"

Message reçu par mail : illustration de la vie quotidienne dans un CHU.

"Je suis assez catastrophée en ce moment, car dans aucun média, aucune presse, même dans les discours de nos chers politiques, personne ne parle de ce qui se passe du côté de l’hôpital public... Et pourtant, moi qui le vis de l’intérieur, je vous garantie qu’il y a de quoi sauter au plafond :


Tout ce qui va suivre est un peu compliqué, peut-être, mais nécessaire pour vous expliquer ce qui se passe sur le terrain.


Je suis infirmière dans un service de Médecine interne à l’hôpital B, avec une capacité d’accueil de 21 patients, dont 95% est muté directement des urgences. Autrement dit, la plupart ne sont pas encore très stabilisés sur le plan médical et ont donc besoin d’une surveillance étroite et efficace de la part des infirmiers et aide-soignants.


Les femmes de ménage (ASH) ont elles aussi un rôle important, car au détour d’un couloir ou pendant qu’elles nettoient une chambre, elles peuvent être les premiers signaux d’alarme d’un patient en détresse. Sans parler de leur travail primordial pour assurer l’hygiène des services, rôle majeur dans la lutte des infections nosocomiales.


Nos équipes s’organisent ainsi : (les équipes de jour et de nuit sont indépendantes, je ne travaille que le jour matin-soir)


-  2 infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le matin


-  2 infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le soir


-  1 infirmière + 1 aide-soignante la nuit


Ceci est ce qu’on appelle le service minimum, autrement dit, c’est le minimum réglementaire pour assurer la sécurité des patients. Or il faut savoir que nous n’avons jamais de personnel en plus et que la tendance actuelle est de nous faire tourner en sous-effectif de manière presque systématique les soirs et les week-end, soit un seul infirmier pour 21 patients.


Depuis 2 mois, une de mes collègues infirmières a démissionné et n’est pas remplacée, une autre est en arrêt de travail qui risque d’être prolongé cet été et n’est pas non plus remplacée. Nous ne sommes donc plus que 6 infirmiers au lieu de 8 à assurer un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, week-end et fériés compris. Alors nous effectuons 1 puis 2 puis 3 week-end supplémentaires (nous en travaillons déjà 2 sur 4 habituellement) et ainsi de suite pour que le service tourne, avec des jours de repos qui sautent et des alternances de rythme incessantes. Si bien qu’ il devient impossible de prévoir quoi que ce soit en dehors de la vie au CHU, sous peine de devoir annuler au dernier moment pour cause : boulot !


Samedi dernier, une autre collègue s’est arrêtée et, étant la seule infirmière du soir, il n’y avait donc personne pour prendre la relève du matin... C’est un infirmier des urgences qui a été détaché de son service pour venir dans le nôtre, qui a assuré les soins de nos 21 patients, alors qu’il ne les connaissait pas, et qui a dû faire face en plus à une situation d’urgence vitale de l’un d’eux...


Une des ASH est arrêtée depuis 1 an en étant remplacée de manière très ponctuelle, obligeant les 3 ASH restantes du service à se partager un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, week-end et fériés compris. Leur tâche est de nettoyer à elles seules, tous les jours, la totalité des 16 chambres du service de fond en comble (vitres, mobilier, murs, WC), les bureaux médicaux, les pièces de vie (office, douche, WC, couloirs), la salle de soins...


Il faut savoir que le CHU est en pleine réorganisation, puisqu’un gros complexe est en fin de construction à l’hôpital N, promettant parait-il des technologies de pointe, des locaux modernes et surtout des soins efficaces et de qualité...


Alors expliquez-moi comment être à la hauteur de ces exigences quand le personnel est déjà largement en sous-effectif ? L’hôpital refuse d’embaucher, car déficit budgétaire, mais préfère faire appel à l’intérim, qui coûte plus cher que des contractuels...


Hier, j’étais normalement en ’repos’ et j’ai passé une bonne partie de ma journée à démarcher la Médecine du Travail, les syndicats et à parler avec notre chef de service, pour essayer de trouver des solutions pourque notre direction nous entende...


Nous sommes par chance soutenus par notre chef de service, qui connaît la valeur de notre travail et sait que nous ne protestons pas pour rien. Il nous connaît suffisamment pour lui même remuer ciel et terre pour qu’on s’occupe du sort des soignants à l’hôpital. Il nous soutient par ce que lui-même est très inquiet de la situation et voit notre gouvernement asphyxier le service public hospitalier, or lui a choisi de travailler au CHU par foi en ce service public, et dans le respect du serment d’Hippocrate.


Je dors très mal et pour être honnête je pense au boulot constamment. J’ai peur que le stress me fasse oublier un soin, que la pression m’ empêche de prendre le temps avec un patient déprimé, que la fatigue me fasse faire un mauvais calcul de dose, administrer un produit au mauvais patient... J’ai peur que ce métier que j’aime me transforme en assassin, involontairement, par ce qu’on aura laissé la situation se dégrader. Parce que nous sommes tous responsables : je suis l’infirmière d’aujourd’hui mais nous sommes tous les patients de demain. VOUS pouvez être au bout de ma seringue, ou votre mari, votre enfant, votre proche.


Je vis l’insécurité dans mon travail, alors que je le maîtrise pourtant. Mais je suis humaine avant tout.


Vous serez ceux qui pâtirez du manque de soignants dans les services : je n’aurai pas pu prendre le temps de vous donner des nouvelles du patient que vous aimez, je n’aurai pas pu gérer 2 situations d’urgence à la fois... Faut-il attendre qu’il y ait des morts pour réagir et prendre conscience de ce qui se passe dans les hôpitaux ???

Aujourd’hui, j’ai besoin de vous. Merci de bien vouloir transférer ce mail de manière la plus large possible, pour informer le plus de monde possible. Si vous connaissez des personnes du monde hospitalier, journalistique, politique ou autre, n’hésitez pas à les solliciter.


Il faut se mobiliser en masse pour être plus efficace, moi toute seule, je n’intéresse personne.


Merci pour votre attention !"


Ce message a fait le tour de nos boîtes aux lettres, il a été repris publié sur des sites notamment syndicaux




Aujourd'hui sur le site du NOUVEL OBS, on peut lire cette manchette :



Décès d'Ilyès : l'hôpital nie tout dysfonctionnement

NOUVELOBS.COM | 27.12.2008 | 15:33




Par Rosecelavi - Publié dans : COURRIER
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