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Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.
René Char De deux choses l'une. L'autre, c'est le soleil. Jacques Prévert L'histoire nous dit que toute obéissance est une abdication, que toute servitude est une mort anticipée Elisée Reclus Rien ne sert d'être vivant, s'il faut qu'on travaille. André Breton Rrose Selavy demande si les fleurs du Mal ont modifié les moeurs du phalle : qu'en pense Omphale ? Robert Desnos |
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J'ose croire que le public venu a cru à un spectacle cyniquement humoristique sinon pourquoi siffleraient-ils en entendant les horreurs de Dieudonné???
Quant à Faurisson, il est d'une pitoyable bétise. Dire qu'il a été prof à l'Université! Mais le plus immonde, c'est la nouille dénommée Jacky, travesti et peureusement goguenard, à écraser...comme un vilan cafard.
Dire qu'il s'appelle Dieudonné!!!
Il y a beaucoup de gens qui font des spectacles, des concerts, et autres sans presse, ils ne pleurent pas autant.
Ils n'ont pas de théâtre non plus.
Il crache à qui mieux mieux sur les soit disant attitudes victimaires de certains, mais lui que fait-il ?
Le "nouveau" (pas si neuf d'ailleurs) public de Dieudonné sait très bien à quoi s'attendre en allant voir ses spectacles et il est heureux de le voir.
http://www.amnistia.net/news/articles/negdoss/dieudon/dieudon_3207.htm
Ah oui sinon, la vidéo... Je suis très partagé en fait. Je trouve Dieudonné d'une connerie monumentale, un peu gland quoi, faussement intelligent... Je trouve le public moutonneux, mais particulièrement éloquent quand il s'agit d'insulter, l'obscurité rendant leur honnêteté à certains... sans doute une manière pour Dieudo de faire dire aux autres ce qu'il ne s'autorise pas encore à dire lui-même. Je trouve le Faurisson pitoyable mais déjà tellement vieux qu'il ne fera plus de mal à personne... Bref, toute cette scène est absolument pitoyable, mais pour autant, tout le monde ne devait pas être particulièrement à l'aise dans la salle (comme le fameux Jacky qui ne semble pas particulièrement à l'aise...).
Malgré toute cette débauche de connerie, je place ces frasques sous la protection de la libre expression. Il faut ce genre d'ennemis, la démocratie souffrirait-elle d'entendre ces pitoyables discours? Ne sommes-nous pas capables d'être notre propre libre arbitre sans qu'on nous dicte, par avance, que c'est mal... En elle-même, l'interdiction du révisionnisme / négationnisme est source de curiosité, qui ignore encore que l'Homme fonctionne comme ça? Garder ces gens-là dans l'illégalité revient à nier leur existence et sert leur propos, les victimise et rend, au final, l'effet inverse... Eux qui tomberaient vraisemblablement dans l'oubli sans cette publicité médiatique qui résulte du brouhaha judiciaire autour de tant de nullité... le pire qu'on puisse souhaiter à Dieudo, c'est l'anonymat...
Je me suis un peu intéressée au négationnisme* et fais partie de ceux qui pensent que oui, il faut l'interdire. On peut trafiquer le pastis, pas l'histoire, surtout quand il s'agit de cette période de l'histoire.
Merci en tout cas de votre visite
*voir la rubrique du même nom qui consacre plusieurs articles à ce sujet
Et je suis bien sûr horrifié par cette scène, et toute personne sensée le serait. Mais si on est incapable de faire confiance au peuple pour être son propre libre arbitre et juger par lui-même, si on est incapable d'entendre les pires théories ne serait-ce que pour avoir l'occasion de les démonter publiquement ensuite, c'est qu'on préfère se voiler la face, nier l'existence de ces gens et prendre le risque de les laisser répandre leur venin en souterrain sans aucun pouvoir de contre-réponse structurée et publique, et c'est bien plus dangereux à mon sens (et c'est exactement ce qui arrive aujourd'hui d'ailleurs!)... Mais c'est aussi - alors que vous reconnaissez vous-même vous être intéressé à ces thèses - qu'on se sent plus intelligent que les autres pour savoir à leur place ce qu'ils seront capables d'entendre et de comprendre, ou pas. De même que c'est en forgeant qu'on devient forgeron, c'est en employant des méthodes de fachiste qu'on devient soi-même un fachiste. Méditez cela.
Une autre remarque: votre allusion à l'affection que je pourrais porter à Dieudonné, au fait qu'il mérite ou pas mon affection, simplement parce que je n'ai pas écrit son nom en entier... c'est... comment vous dire... Beeeeeuuuuaaaar! Voilà... je crois que c'est tout ce que ça mérite. J'exécre M. Dieudonné et ses idées, cela vous sied-il ainsi?! Ah beh non... Quel con! J'ai mis "M." devant... Ecoutez... dîtes-moi comment je dois l'appeler ce sera le plus simple hein?!
Vous dîtes vous être intéressé au négationnisme... Intéressez-vous également à la liberté d'expression, car vous avez encore à apprendre de ce côté-là.
Le négationnisme outrepasse le droit à la libre expression et se transpose sur le terrain du racisme et de la propagande antisémite, les limites imposées au droit à la libre expression sont, de ce point de vue, totalement justifiées.
L’histoire peut et doit être confrontée, comparée, expliquée. Mais nier l'existence des chambres à gaz, justifier les tueries, ou leur inventer d'autres motifs tels que le typhus, NON.
Sinon vous pouvez appeler l'humoriste de mes deux ovaires comme vous l'entendez, je ne veux pas porter atteinte à votre liberté d'expression.
J'essaie d'apprendre, de ce côté là, comme vous dites, mais pas que, grâce à ma tenacité, j'espère progresser. Merci pour vos conseils
et Bonne soirée à vous
Vous tentez de faire une différence entre les dires factuels, les dires racistes, les dires antisémites et le reste... et patati et patata... Si graves soient-ils, ce ne sont que des dires. Et votre propos qui tend à démontrer que ces dires, du fait de leur aspect factuel ou autre, ne peuvent être protégés par la liberté d'expression n'est qu'une manière démagogique de détourner l'énoncé à votre avantage. Bien sûr que leurs dires sont choquants, écoeurants, bien sûr qu'ils ont tort... Mais la liberté d'expression se rapporte à la liberté pour chacun de s'exprimer. Un point c'est tout. A partir du moment où on commence à parler du fond en matière de liberté d'expression, c'est qu'on est déjà plus en train de parler de liberté d'expression!
Qui sommes-nous donc pour différencier ce qui est dicible de ce qui ne l'est pas? Pourquoi ne pas interdire toute parole contestataire dans ce cas? Ou alors on n'autorise que les paroles contestataires positives... oui mais qui décide de ce qui est positif de ce qui ne l'est pas? Où se situe votre limite? Et celle de votre voisin? Pourquoi la vôtre serait-elle meilleure que la sienne? Et comment évolue cette limite dans le temps? Ne trouvez vous pas qu'une vérité ne pourra jamais mieux être mise en valeur qu'au milieu d'une foule de mensonges? Et qu'à l'inverse le fait qu'une théorie soit la seule autorisée nous amène automatiquement à nous demander si on est pas en train de se faire lobotomiser (ce qui ne serait pas la première fois n'est-ce pas?!...) Bref, mon premier réflexe devant ce genre de situation - et je ne dois pas être le seul dans ce cas - consiste à me méfier a priori de la version officielle, de vérifier les sources et les autres versions disponibles, si underground soient-elles, pour enfin revenir à la version officielle si elle me semble la plus crédible, la mieux étayée... D'autant plus aujourd'hui avec internet! Pourquoi avez-vous si peur du résultat d'une telle liberté pour tous? Croyez-vous que c'est cette liberté aurait pour effet de relancer l'antisémitisme? Je ne le crois pas. Mais peut-être ai-je trop confiance en l'Homme et son jugement libre. Pour moi le danger réel, c'est l'effet de groupe et la peur de l'inconnu.
Bref... Vous m'accueillez d'abord en invité de marque... puis vous me soupçonnez d'affection pour Dieudonné parce que j'ai eu l'affront de le nommer "Dieudo" (mais sans doute plus parce que je ne suis pas 100% d'accord avec vous...) puis vous vous énervez une nouvelle fois après moi quand j'ai l'audace de vous répondre que cette accusation infondée (à un point que vous n'imaginez même pas) m'a blessé, au lieu de vous excuser comme le ferait toute personne sensée et respectueuse comprenant qu'elle a commis une erreur de taille. Allez donc lire mon blog avant de me juger sur un simple mot mal orthographié...
Vous vous êtes trompé d'ennemi et vous vous enfoncez parce que je ne cède pas. Et je suis déçu car vous ne répondez qu'à ce que vous voulez bien... n'avez-vous donc rien à répondre à:
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Si on est incapable de faire confiance au peuple pour être son propre libre arbitre et juger par lui-même... c'est aussi - alors que vous reconnaissez vous-même vous être intéressé à ces thèses - qu'on se sent plus intelligent que les autres pour savoir à leur place ce qu'ils seront capables d'entendre et de comprendre, ou pas. De même que c'est en forgeant qu'on devient forgeron, c'est en employant des méthodes de fachiste qu'on devient soi-même un fachiste.
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N'y aurait-il donc que vous d'assez intelligent pour avoir le droit de vérifier par vous-même l'absurdité de leur propos?
Je ne vois ici qu'une victime, blessée, apeurée et en colère ; prête à sortir les griffes à l'approche de ce qui ressemblera de près ou de loin aux bourreaux du passé. Dommage, je ne suis pas un ennemi, juste un humaniste, utopiste, honnête et franc... et un peu têtu aussi.
Le protectionnisme est un cancer et le risque zéro, une pure vue de l'esprit. Tout en tentant de s'en rapprocher, on ne fait que nier les véritables problèmes, mais en raccourcissant chaque fois un peu plus notre propre laisse.
Et bonne soirée à vous aussi.
Quand vous parlez de moi, je pourrais aussi me sentir agressée, mais je ne me reconnais pas dans vos qualificatifs, dans votre description, ce n'est pas moi, et c'est bien normal puisque vous ne me connaissez pas.
Quand vous me parlez de vous, je veux bien vous croire sur paroles et je ne me fais pas d'idées préconçues sur les motifs qui vous guident à penser comme vous pensez, à dire ce que vous dites et veut bien entendre (contrairement à ce que vous dites de moi) que vous ête un humaniste, utopiste, honnête, franc... et un peu têtu.
Admettons que le sujet soit tellement violent qu'il m'"empêche de prendre le recul nécessaire" pour comprendre votre point de vue.
Dans ce cas, faisons un pas de côté, prenons le recul et traitons le sujet de manière plus général.
Comment vivre ensemble dans une démocratie ? Je pense en établissant des règles qui permettent de nous protéger tous, notamment les plus faibles d'entre nous. Ces règles sont établies par les lois. Quand ces lois ne sont pas respectées, voire bafouées, les auteurs de ces manquements aux règles peuvent-être poursuivis et c'est à la justice de se prononcer, au nom du peuple.
Vous me dites avoir confiance en l'homme, au peuple. Ben moi, ça dépend des moments, quand je vois qu'il a été capable de voter majoritairement SARKOZY (aussi courte que soit cette majorité) et qu'en son temps, il a porté HITLER au pouvoir, je dois dire que ma confiance à ses limites, et qu'elle fluctue selon les périodes de l'histoire ou de l'actualité.
Je voudrais juste, avant de vous quitter, rétablir quelques vérités. je ne suis pas une victime, blessée, apeurée et en colère. Je trouve que votre parallèle entre le forgeron et le fasciste n'est pas très sympathique pour le forgeron, prétexte pour vous faire remarquer, quand même, que si il y a quelqu'un qui insulte l'autre ici, je ne crois pas que ce soit moi. Et si vous avez senti dans mes propos une agression et que, maintenant, je m'en suis excusée, je vous ai pas, moi, traiter, de fasciste ou de négationniste parce que vous souhaitiez que leurs idées puissent s'exprimer librement au nom de la liberté d'expression.
Si je voulais m'essayer à faire de la psychanalyse, je verrais dans votre réaction par rapport à nos échanches un phénomène dit de "projection", mécanisme inconscient assez courant, que chacun de nous peut vivre, à son insu.
Mais je ne vais pas m'essayer à faire de la psychanalyse, je n'ai même pas mon CAP !
Une fois de plus, vous ne répondez à aucune de mes questions... Il y en avait pourtant tout un paragraphe. Et j'insistais également sur un paragraphe auquel vous aviez déjà omis de répondre dans votre précédente réponse... Et que vous éludez une nouvelle fois.
Vous avez beau faire un pas en arrière, un pas de côté... Ce n'est pour moi qu'une nouvelle façon d'esquiver... de tourner autour du débat...
Alors une nouvelle fois...
Comment expliquez-vous que vous vous estimez suffisamment intelligent pour vous permettre d'étudier par vous même les théories négationnistes, et pouvoir ainsi être capable d'en parler en connaissance de cause, comme ici, et dans le même temps vouloir interdire aux autres de pouvoir en faire de même ? J'ai hâte de vous lire sur ce sujet on ne peut plus factuel ! Mon parallèle entre le fascisme et le forgeron ne faisait allusion qu'à cette attitude...
Et quelle est donc cette manière de détourner une expression que tout le monde comprend, pour "victimiser" un anonyme forgeron qui, évidemment (je n'en reviens même pas de devoir développer sur ce sujet !), ne mérite pas qu'on le compare à un fasciste (vous le connaissez personnellement vous ce forgeron ?)... Est-il tout simplement possible de parler avec vous sans que vous tourniez le moindre de mes mots en épingle, en procès ? Voilà pourquoi je parlais de victime blessée, apeurée et en colère... Que je ne sois pas dans le vrai est tout à fait possible, ce ne serait pas la première fois ! Mais je vous livrais sincèrement ce que m'inspire votre comportement et ça n'avait rien d'insultant ou compassionnel ; j'ai interprété votre comportement comme une réaction naturelle à la douleur et à la peur et me suis essayé à une explication... quel affront !
"je vous ai pas, moi, traiter, de fasciste ou de négationniste parce que vous souhaitiez que leurs idées puissent s'exprimer librement au nom de la liberté d'expression". La raison pour laquelle vous n'avez pas fait ça devrait être que vous ne le pensez pas, parce que c'est tout simplement faux, dans mes actes comme dans mes paroles ! Et pas simplement par politesse ! Quant à moi, je ne vous ai pas accusé d'être fasciste mais d'adopter, sans vous en rendre compte, des méthodes utilisées par le fascisme lui-même, soient la censure et le déni. Et en fait, il est bien là le problème, c'est qu'en disant que vous ne l'avez pas fait, c'est exactement ce que vous faites maintenant... Rien que le fait que je puisse estimer que tout peut être dit me rend à vos yeux immédiatement complice de toutes les théories qui pourraient ainsi être livrées au libre arbitre du public! Et alors même que je viens juste d'expliquer très précisément que j'estime que c'est votre propre attitude protectionniste qui permet à ces gens de profiter d'une tribune victimisante inespérée, par la judiciarisation de ces affaires et la curiosité naturelle et les débats enflammés qu'engendrent de telles interdictions ! Comment se fait-il que je sois capable de comprendre votre position et que vous soyez à ce point incapable d'entendre la mienne sans me soupçonner automatiquement de connivence avec nos ennemis communs ? C'est une situation particulièrement désagréable et insultante.
Peut-être que je fais une "projection" comme vous dîtes... Je ne fais qu'essayer de comprendre qui vous êtes et pourquoi vous réagissez ainsi... J'essaie... Mais je sens bien que je marche sur des oeufs et qu'il est très compliqué de parler avec vous du sujet de la liberté d'expression, sans que vous rameniez systématiquement le débat sur l'antisémitisme, le fascisme et autres formes de discrimination qu'évidemment je combats par ailleurs. Cessez donc de croire qu'il n'y a que 2 camps, le vôtre et les autres...
A vrai dire, je ne sais plus trop quoi vous dire. Cette discussion me semble malheureusement vouée à l'échec, et je regrette de l'avoir même entamée. Et je regrette aussi de vous avoir blessé si tel a été le cas. Je capitule et vous laisse la victoire.
Lisez Chomsky... et peut-être que vous me comprendrez, il s'exprime mieux que moi.
Bonne continuation.
Puisque, sans détour, vous allez puiser votre inspiration chez Voltaire, autre personnage antisémité et raciste pour venir afficher votre grande tolérance quand il s'agit de liberté. Etonnant non ? Cela vous vient naturellement, comme ça ? C'est votre inconscient qui crie à tue tête ? Ou bien est-ce encore de la provocation ? Surtout ne vous croyez pas obligé de me répondre.
Libre à vous de déposer vos commentaires ici, mais il ne faut pas venir me demander ensuite de les enlever. Ceci dit, pour le moment, je ne vous ai pas insulter, mais si vous insistez, si c'est vraiment ce que vous cherchez, ça peut venir...
bjr le debat houleux si la libertee d expression c de se faire remarquè en disant le contraire de ce qui a existee vraiment alors le champ est pour des allumee soyons tous ding (la guerre de cent ans a revoir tous les genocides et refaites l histoire de france pfff c pas la peine de chercher sur le net tous les anciens ont vu les trains partir avec des juifs entasses pour aller dans les camps de concentration...heureusement ca c est passee il ya cinquante ans c pas du temps de vercingetirix ou l on pourrai extrapoler...z je te laisse libre d aller voir y pour lui demander!
Dieudonné, ce pitre qui ne fait pas rire
* Le négationnisme prolonge et actualise le crime
* La cause palestinienne ne doit pas tolérer l’antisémitisme
* Question noire et question juive, une alliance à réinventer
* Contre les haines et les peurs, la fraternité
Par Edwy Plenel <http://www.mediapart.fr/club/blog/edwy-plenel>
Le 31 décembre 2008 - Mediapart.fr
Au spectacle de la dernière affaire Dieudonné, stupéfait et sidéré, j'ai eu envie de relire David
Rousset. Je venais de regarder sur le Net (la vidéo est accessible sous l'onglet "Prolonger" de cet
article [cf ci-dessous]) cette mise en scène clairement antisémite, dans ses symboles, ses allusions et
ses sous-entendus. Sur la scène du Zénith, Dieudonné faisait remettre par un assistant portant une sorte
de pyjama rayé et arborant l'étoile jaune – un «habit de lumière», fut son commentaire pour décrire cet
uniforme de déporté – un «prix de l'infréquentabilité et de l'insolence» au négationniste Robert
Faurisson, lequel disait être traité «comme un Palestinien» dans son pays tandis que l'hôte, le primé et
le public faisaient chorus autour d'un même adversaire, les «sionistes». Cette ignominie est évidemment
une provocation destinée à faire sauter le verrou de mémoire que constitue le génocide juif en niant la
réalité du crime contre l'humanité.
Le visionnage terminé, j'avais peine à croire que cet événement venait de se passer à Paris, en 2008, le
26 décembre précisément, devant une salle comble et un public enthousiaste. Le premier réflexe est
d'ignorer ou de relativiser, par précaution médiatique ou prudence politique, tant est explicite la
stratégie d'appel au scandale et à la victimisation de l'ancien militant antiraciste des années 1980
devenu le nouvel ami de l'extrême droite lepéniste. Position évidemment intenable: s'il ne faut pas en
exagérer démesurément la portée, Jean-Marie Le Pen ayant lui-même fini par le juger «un petit peu
choquant», ce Grand Guignol n'en a pas moins eu lieu, dans son ignominie et sa bassesse. Il nous faut
donc le regarder en face, s'efforcer de le décrypter et s'appliquer à le réfuter.
Si je me suis d'abord tourné vers David Rousset <http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Rousset>
(1912-1997), c'est par réflexe protecteur. Je voulais retrouver le fil d'une mémoire vive et vigilante,
ni figée ni sacralisée, de cet événement imprescriptible : le génocide, c'est-à-dire l'extermination par
des humains d'une partie de l'humanité, donc d'une part d'eux-mêmes, simplement parce qu'elle est née,
née juive en l'occurrence. Un événement dont l'énigme ne doit jamais nous quitter tant elle nous alerte
sur la survenue de la barbarie au cœur des civilisations. Rescapé des camps où il avait été déporté comme
résistant, Rousset fut, juste avant Robert Antelme <http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Antelme>
(1917-1990) et Jean Cayrol <http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Cayrol> (1910-2005), le premier des
récitants français du crime européen dont le nazisme fut l'instrument. Il le fit en trois maîtres livres
parus en cascade, pour ne plus y revenir, silence comblé par une action politique aussi inlassable
qu'inclassable, puisqu'à l'extrême gauche du gaullisme. Ce furent d'abord un essai décisif, L'Univers
concentrationnaire (1946), salué par le prix Renaudot; puis un faux roman, Les Jours de notre mort
(1947), vaste fresque documentaire; et, enfin, une satire réaliste, Le pitre ne rit pas (1948).
C'est ce livre que j'ai été chercher, dans la réédition qu'en fit Christian Bourgois, en 1979, quand,
concomitamment, sortirent de nos placards à mémoires les fantômes de la collaboration française à la
solution finale et surgirent les nouvelles cohortes du négationnisme unissant des égarés de
l'ultra-gauche à des persistants de l'extrême droite. «Une pièce de théâtre. Avec un seul acteur.
L'imagination ne joue ici aucun rôle», écrit Rousset en introduction d'un livre construit comme un
dossier d'archives, succession de documents, lettres, rapports et notes témoignant de l'épaisseur
quotidienne de la barbarie. Le seul acteur, le Pitre, c'est ici l'antisémite ordinaire, dans sa banalité
terrifiante et sa prodigieuse abjection. Ce livre devrait être promu manuel scolaire, à l'instar d'une
ancienne collection pédagogique intitulée «Textes et documents pour la classe», tant il montre la
persécution dans sa froideur et sa quotidienneté, entre brutalité et routine, bureaucratie et voisinage,
pillages et dénonciations, exclusions et déportations, minutie et démesure, conformisme et folie, etc.
Introduisant ce recueil de preuves irréfutables, Rousset, avec cette prescience des témoins survivants,
nous alertait déjà : «Dans la scène de la grande maîtrise, vous l'entendrez [le pitre] ordonner le
meurtre. Mais vous ne verrez pas le meurtre s'accomplir. Le Pitre n'admet pas sa victime. Il refuse la
confrontation. Il agit à distance. Ses agents sont des rouages techniques. Ce qui lui importe, c'est la
machine à tuer et comment elle fonctionne.» Secret du crime, euphémisation des consignes, effacement des
traces : sachant fort bien l'horreur qu'ils commettaient, les bourreaux se sont d'emblée attachés à la
cacher, à ne pas seulement tuer des millions d'êtres humains, mais à assassiner préventivement la vérité
du crime commis. De ce point de vue, la résonance la plus perverse et abjecte de la soirée antisémite
animée par Dieudonné, au Zénith, ce fut ce mot du négationniste Robert Faurisson, se posant en persécuté
et disant alors avoir été victime d'un «traitement spécial». Or c'est exactement cette formule neutre,
entre clinique et technique, que les nazis utilisaient pour masquer la réalité de la solution finale.
Le négationnisme prolonge et actualise le crime
Récemment publié en français (dans le recueil Feuillets épars, Robert Laffont, 2008), un texte de Primo
Levi <http://fr.wikipedia.org/wiki/Primo_Levi> (1919-1987), autre grand récitant, italien celui-ci, du
génocide, fait écho à la mise en garde de Rousset : les survivants nous ont averti que le crime
contenait, dans sa conception même, sa négation postérieure. C'est en ce sens que le négationnisme
contemporain n'est pas une question mineure, anecdotique ou secondaire : il est la prolongation même du
crime, sa persistance et son actualisation. Les rescapés, dont aujourd'hui la cohorte s'amenuise chaque
jour, le savent d'expérience douloureusement vécue. Tout simplement parce que, longtemps, ils furent
pratiquement inaudibles : on les entendait à peine tant ce qu'ils rapportaient dépassait l'entendement.
Dans « Le difficile chemin de la vérité » - c'est le titre de ce texte conçu comme une intervention à un
colloque en 1982 -, Levi rappelle que les survivants se sont d'emblée heurtés aux réticences du public.
«Les premières nouvelles concernant les camps d'anéantissement [...] dépeignaient un massacre aux
proportions et à la cruauté telles que le public avait tendance à les refuser en raison même de leur
énormité, écrit-il. Fait significatif, ce refus avait été largement anticipé par les coupables eux-mêmes
; de nombreux survivants rappellent que les soldats SS s'amusaient à avertir les prisonniers avec
cynisme: "Quelle que soit l'issue de la guerre, nous avons gagné le combat: aucun d'entre vous ne sera là
pour témoigner, et en admettant qu'il y ait des rescapés, le monde ne les croira pas. Il y aura des
soupçons, des discussions, des recherches historiques, mais pas de certitudes, car nous détruirons les
preuves avec vous. Et si des preuves subsistent, si certains d'entre vous survivent, les gens
considéreront votre témoignage comme trop monstrueux pour être cru, ils allégueront des exagérations de
la propagande alliée, et c'est nous qu'ils croiront, pas vous. C'est nous qui dicterons l'histoire".»
De cet héritage inquiet, nous sommes désormais les dépositaires, donc les gardiens. Il dépend de nous
aujourd'hui, et des générations qui nous suivront, que les bourreaux ne gagnent pas le combat et ne
dictent pas l'histoire. Les survivants s'en vont, un à un ; des mémoires vives cèdent la place à une
histoire sans témoins ; dès lors, le risque est grand qu'entre d'officielles commémorations et
d'obsessionnelles contestations, se glissent le poison du relativisme et, donc, l'oubli du crime. Car il
y a eu, il y a et il y aura encore, hélas, avant, pendant, après, dans une discordance des temporalités
et une hétérogénéité des contextes, d'autres crimes, d'autres drames, d'autres persécutions, visant
d'autres peuples, faisant d'autres victimes, douleurs aussi essentielles à la mémoire des peuples
concernés que l'est le génocide pour les juifs.
C'est cette réalité qui, inlassablement, nous mettra à l'épreuve, suscitant confusion et régression si
nous ne sommes pas capables d'associer, fermement et doublement, la connaissance du passé et la vigilance
du présent. En d'autres termes, si nous ne savons pas penser à la fois la singularité du crime commis
contre le peuple juif et les spécificités des injustices qui tissent encore le sort du monde ; si nous ne
savons pas veiller à ne pas opposer l'une aux autres, ni inversement ; et si nous ne savons pas prendre
d'autant mieux la mesure des crimes d'aujourd'hui, de leurs engrenages et de leurs causalités, que nous
aurons gardé grand ouvert le livre du génocide, de son histoire précise et documentée, de sa genèse et de
sa généalogie.
Concurrence des victimes, comparaison des crimes, affrontement des mémoires : tel est aujourd'hui le
terreau d'un recul de la conscience où se glisse le renouveau de l'antisémitisme. Tous les replis
identitaires l'alimentent qui, dans leur préférence pour des mondes particuliers plutôt que pour un monde
commun, privilégient le semblable au différent. Hémiplégiques, leurs pensées réflexes ne peuvent imaginer
qu'un seul crime à la fois, celui qui les arrange, évacuant, relativisant ou niant celui ou ceux qui les
dérangent. A chacun sa souffrance, au mépris des autres ! De cette ignorance et de cette indifférence,
cultivée et alimentée, les démagogues, artisans de ces grands renfermements qui font leurs aveugles
popularités, ont toujours fait leur miel.
Tel est le mécanisme qui, peu ou prou, permet à la négation du génocide de s'implanter sur la misère des
banlieues, la solidarité avec la Palestine ou la mémoire des colonisés. Et, ce faisant, loin de les
renforcer, d'affaiblir, de pervertir et de dessécher ces causes légitimes. Cet engrenage diabolique
rappelle évidemment le «socialisme des imbéciles» évoqué parfois à propos de l'émergence de
l'antisémitisme moderne, à la fin du XIXe siècle. L'expression renvoie aux débuts du mouvement ouvrier
politiquement organisé quand la prégnance du vieil antijudaïsme chrétien assimilant les juifs à l'argent
nourrit un antisémitisme populaire à variante anticapitaliste. La gauche de l'affaire Dreyfus
<http://www.dreyfus.culture.fr/fr/> - car, pour l'essentiel de leurs bataillons, les premiers
dreyfusards furent issus de la gauche, socialiste ou libertaire - lui régla momentanément son compte,
érigeant le sort d'un officier juif pas vraiment révolutionnaire en symbole de la bataille pour la
vérité, la justice et l'humanité.
La cause palestinienne ne doit pas tolérer l'antisémitisme
Plus que jamais, en ces temps de replis identitaires, communautaires ou nationalistes, il nous faut tenir
le même cap, avoir la même exigence et, par conséquent, ne rien céder aux antisémites qui se parent des
injustices du monde pour recycler leur criminelle camelote. De même que l'héritage européen du génocide
juif ne saurait aucunement excuser les injustices commises au Proche-Orient par l'Etat d'Israël,
l'occupation des territoires palestiniens depuis 1967, les violations répétées du droit international, la
construction d'un mur de séparation, le maintien des colonies, etc.; de même, la juste défense du droit
des Palestiniens à un Etat indépendant, souverain et viable, ne saurait en aucun cas servir d'alibi à
l'antisémitisme dont nous savons, de longue expérience, qu'il est au noyau dur du racisme. Car
l'antisémitisme, y compris dans sa genèse chrétienne, ce fut la chasse éperdue à l'Autre comme proche ou
intime, à l'Autre comme soi-même, à l'Autre comme ressemblance. D'où l'obsession antisémite à créer la
différence, à la marquer par des signes, à la figer par des caricatures, à la pourchasser dans la phobie
du mélange, donc du métissage.
Nul hasard si Pierre Vidal-Naquet <http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Vidal-Naquet> (1930-2006),
l'historien qui sonna l'alarme sur les négationnistes, s'appliquant à les réfuter et à les démonter, fut
aussi de tous les combats de la décolonisation, haute figure de la dénonciation de la torture pendant la
guerre d'Algérie. Ce juste savait tenir les deux bouts d'une conscience en perpétuel éveil. Dans Les
Assassins de la mémoire, il indique la voie d'une riposte de raison: ne pas discuter, ne pas tolérer,
mais néanmoins expliquer, démasquer, déconstruire, mettre en évidence les faux et les mensonges, savoir
argumenter, se soucier de transmettre. «Il ne suffit pas dans cette affaire d'avoir globalement raison,
insistait-il, il faut inlassablement travailler, c'est-à-dire établir les faits non pour ceux qui les
connaissent et qui vont disparaître, mais pour ceux qui seront légitimement exigeants sur la qualité de
la preuve. Le travail archéologique était inutile en 1945 parce que les ruines fumaient encore et que les
témoins criaient, il est devenu indispensable aujourd'hui.»
Formulée en 1987, cette recommandation n'est pas restée sans suite, comme en témoigne l'exceptionnel
travail archéologique sur la «Shoah par balles»
<http://www.memorialdelashoah.org/upload/minisites/ukraine/index.htm> réalisé en Ukraine par le père
Patrick Desbois, qui a donné lieu à une exposition, un film et un livre. A l'heure où l'on réfléchit à la
mémoire et à l'histoire de la Shoah à l'école
<http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/191208/les-crimes-contre-l-humanit
e-et-les-lecons-de-l> , on ne saurait trop recommander sa diffusion pédagogique tant cette exhumation
minutieuse du génocide d'avant les chambres à gaz, dévoilant ses procédés monstrueusement artisanaux,
dissipe tous les faux-semblants nés de sa terrible euphémisation postérieure dans un processus
industriel.
Vidal-Naquet était intraitable dans son refus de débattre avec des faussaires, position dont témoigne sa
cinglante réponse au linguiste américain Noam Chomsky qui, en 1981, commit la faute de préfacer un livre
de Faurisson au nom de la liberté d'expression, liberté en l'espèce bien égarée. Mais, pour autant, il ne
se satisfait pas d'une posture d'indignation morale qui, refusant la réfutation pédagogique, se contente
d'en appeler aux tribunaux pour qu'ils promulguent et sanctionnent un interdit. «La répression judiciaire
est une arme dangereuse», écrivait-il, anticipant les polémiques à venir sur le risque de dévoiement
d'une justice sommée de dire l'histoire, plutôt que le droit. Pour Vidal-Naquet, et sa leçon reste
d'actualité vingt ans après son énoncé, il nous faut «vivre avec Faurisson» tout en combattant ses
impostures avec acharnement.
Méditer Vidal-Naquet, c'est trouver la voie d'une riposte qui ne tomberait pas dans le piège de la
provocation, celui des détestations ravivées et des communautés refermées, que nous tend aujourd'hui
Dieudonné. «Vivre avec Faurisson?» demande-t-il, pour répondre ceci : «Toute autre attitude supposerait
que nous imposions la vérité historique comme la vérité légale, ce qui est une attitude dangereuse et
susceptible d'autres champs d'application. Chacun peut rêver d'une société où les Faurisson seraient
impensables, et même essayer de travailler à sa réalisation, mais ils existent comme le mal existe,
autour de nous, et en nous. [...] Toute société a ses sectes et ses délirants. Les châtier ne servirait à
rien qu'à en multiplier l'espèce. Il en est de ces personnages comme de la police ou des espions. Une
fois qu'on les a identifiés, mieux vaut les surveiller ou les circonscrire. [...] Il faut certes prendre
son parti que ce monde comporte des Faurisson comme il comporte des maquereaux et des sociétés de films
pornographiques. Mais il ne peut être question de lui laisser le terrain.»
Conformément aux recommandations de ce précis de résistance, le dernier scandale de Dieudonné appelle
donc une réfutation sur le terrain même où il prétend prendre racine : la question noire et la question
palestinienne. Le pire serait de laisser à cet agent provocateur ne serait-ce qu'une parcelle
d'identification légitime à ces deux causes. Car, en l'espèce, ce nouveau Pitre est aussi un ignorant,
infidèle à son propre passé et inculte sur sa propre histoire. «Dans l'ordinaire, par l'éclat du rire
vous admettez le clown, vous lui accordez une sympathie de reconnaissance, écrivait David Rousset.
Aujourd'hui, par le rire, vous refuserez l'acteur Vous le chasserez du monde. C'est que lui-même est un
pitre qui ne rit pas.» On rira donc de ce pitre qui ne fait plus rire. On rira en montrant que, loin
d'inventer sa propre liberté, Dieudonné prolonge sa servitude, prisonnier des pensées qui oppriment,
divisent et excluent. Rousset, toujours : «Le Pitre exècre les maîtres et n'aspire qu'à se confondre avec
leur prestige : ce sont ses dieux clandestins. Il hait l'esclave de toute la fureur de sa propre
servitude. Il croit férocement aux privilèges qui lui épuisent le sang. Sa révolte est l'impuissance de
sa servilité.»
Question noire et question juive, une alliance à réinventer
On rappellera donc que l'article premier du Code Noir <http://fr.wikisource.org/wiki/Code_noir> édicté
par Louis XIV en 1685, monument d'infamie négrière, associe d'emblée Juifs et Noirs dans le malheur,
commençant par exiger que soient «chassés» des îles caraïbes où l'esclavage est la règle «tous les juifs
qui y ont établi leur résidence» en tant qu' «ennemis déclarés du nom chrétien». Mais, surtout, on
invitera tous les enseignants, tous les partis, toutes les associations à enseigner, diffuser et répandre
les écrits d'une haute figure noire, symbole de la lutte anti-coloniale, le Martiniquais Frantz Fanon
<http://www.frantz-fanon.com/> . Fanon, psychiatre de métier, dont le premier livre, Peau noire masques
blancs est un manifeste radical contre tous les racismes, leurs avatars et leurs atours.
On y lit notamment ceci qui, pour toute la part d'Afrique et d'Antilles constitutive de notre histoire
et de notre peuple, est une antidote aux dieudonneries : «C'est mon professeur de philosophie, d'origine
antillaise, qui me le rappelait un jour : "Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l'oreille,
on parle de vous." Et je pensais qu'il avait raison universellement, entendant par là que j'étais
responsable, dans mon corps et dans mon âme, du sort réservé à mon frère. Depuis lors, j'ai compris qu'il
voulait simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe.» Au-delà de cet avertissement dénué
d'ambiguïté, il faudrait faire connaître largement les pages conclusives de cet essai, paru en 1952,
véritable ode au refus des identités closes, comme des ressentiments ressassés et des haines recuites.
« N'ai-je donc pas sur cette terre autre chose à faire qu'à venger les Noirs du XVIIe siècle ? demande
Fanon. [...] Je n'ai pas le droit, moi homme de couleur, de rechercher en quoi ma race est supérieure ou
inférieure à une autre race. Je n'ai pas le droit, moi homme de couleur, de souhaiter la cristallisation
chez le Blanc d'une culpabilité envers le passé de ma race. [...] Je n'ai pas le droit de me laisser
ancrer. [...] Je n'ai pas le droit de me laisser engluer par les déterminations du passé. Je ne suis pas
esclave de l'esclavage qui déshumanisa mes pères. [...] Il ne faut pas essayer de fixer l'homme, puisque
son destin est d'être lâché. [...] Moi, l'homme de couleur, je ne veux qu'une chose : Que jamais
l'instrument ne domine l'homme. Que cesse à jamais l'asservissement de l'homme par l'homme. C'est-à-dire
de moi par un autre. Qu'il me soit permis de découvrir et de vouloir l'homme, où qu'il se trouve. Le
nègre n'est pas. Pas plus que le Blanc. »
Cette profession de foi n'est pas sans postérité, au cœur même de l'histoire qui l'inspire. Tout comme
Aimé Césaire
<http://www.mediapart.fr/journal/france/170408/aime-cesaire-la-passion-du-poete-par-edouard-glissant> ,
Frantz Fanon fut du premier Congrès des écrivains et artistes noirs, tenu à Paris en 1956. Un peu plus
jeune qu'eux, le poète de la créolisation, Edouard Glissant
<http://www.mediapart.fr/journal/france/220408/de-cesaire-a-glissant-la-martinique-comme-antidote-au-sark
ozysme> , était là, lui aussi. Or, deux semaines exactement avant le scandale du Zénith, Glissant était
le maître d'une cérémonie qui en est l'exact démenti et qui, hélas, n'a rencontré aucun écho médiatique.
Fondateur de l'Institut du Tout-Monde <http://tout-monde.com/> , Glissant a institué un prix littéraire
annuel, le prix Carbet, décerné par un jury international illustrant ces identités-relations qu'il oppose
aux identités-racines. Cette année, ce prix, d'habitude remis aux Antilles, était décerné en
Ile-de-France, le 12 décembre. Or le choix du jury a été d'associer, dans la même distinction, Simone
Schwarz-Bart <http://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Schwarz-Bart> et, à titre posthume, son époux, André
Schwarz-Bart <http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Schwarz-Bart> , disparu en 2006 en Guadeloupe, sa
terre d'élection.
Cette double reconnaissance, comme l'expliquent les attendus du jury du prix Carbet (téléchargeables ici
en PDF <http://www.mediapart.fr/files/Attendus%20du%20Prix%20Carbet%202008.pdf> ), liait indissolublement
deux œuvres littéraires croisant deux mémoires solidaires, juive et noire, celle d'André, auteur du
Dernier des justes (1959), et celle de Simone, auteur de Pluie et vent sur Télumée Miracle (1979).
Evoquant «ce monde où la Shoah et l'esclavage avaient meurtri le grand songe d'une possible fraternité»,
le jury souligne que «le génie d'André Schwarz-Bart a été de comprendre que les souffrances doivent être
solidaires si l'on voulait changer l'ordre de la cruauté, de comprendre qu'il fallait convertir les
souffrances en expérience pour convertir le cercle des récriminations et des repentances, de comprendre
qu'il n'y avait pas de monopole des souffrances et d'adopter sans réserve la Guadeloupe de Simone
Schwarz-Bart comme un lieu de réflexion sur l'histoire du monde».
Et le jury de ce prix Carbet 2008 de saluer Le Dernier des justes, œuvre pionnière du martyr juif, comme
«un inclassable monument de la question humaine, monument juif, monument guadeloupéen, monument
d'expression d'un tout-monde ouvert à toutes les rédemptions». Un pays, la France, qui dispose de telles
richesses intérieures, promesses de fraternité, devrait savoir mieux faire que réclamer des juges contre
Dieudonné et ses semblables. Il devrait par exemple faire de l'audiovisuel public lié à l'outre-mer,
notamment la chaîne télévisée France O <http://franceo.rfo.fr/> diffusée dans l'Hexagone, un haut lieu
de promotion d'une diversité porteuse non pas d'un message de haine et de peur, mais d'une réconciliation
de toutes nos différences avec notre commune humanité.
Contre les haines et les peurs, le sens de la fraternité
Sur ce service public là, on aurait pu entendre également l'actuel ambassadeur de la Palestine à
l'Unesco, Elias Sanbar <http://www.bibliomonde.net/auteur/elias-sanbar-1346.html> , écrivain lui-même et
traducteur en français de l'œuvre du grand poète disparu cet été, Mahmoud Darwich
<http://www.mediapart.fr/journal/international/110808/mahmoud-darwich-nous-serons-un-peuple-si-nous-le-vo
ulons> (1941-2008). Car Sanbar et Darwich furent les initiateurs, en 2001, d'un appel signé par quatorze
intellectuels arabes contre la tenue à Beyrouth d'une conférence intitulée « Révisionnisme et sionisme »,
organisée par deux officines négationnistes néo-nazies. «Nous, intellectuels arabes, sommes indignés par
cette entreprise antisémite, affirmait cet appel, aussi sobre que catégorique. Nous alertons à ce sujet
les opinions publiques libanaise et arabes et appelons les autorités compétentes du Liban à interdire la
tenue à Beyrouth de cette manifestation inadmissible. »
Parmi les autres signataires figuraient l'universitaire Edward Saïd (Palestine), le poète Adonis (Liban),
l'historien Mohammed Harbi (Algérie), l'éditeur Farouk Mardam-Bey (Syrie), etc. Alors ambassadeur
d'Israël en France, l'historien Elie Barnavi salua cet appel comme un événement, en ajoutant : «Je ne
m'offrirai pas le ridicule de remercier les signataires du manifeste. Ils ne l'ont pas fait pour nous
juifs. Ils l'ont fait pour eux-mêmes, pour l'honneur de leur pays et de la nation arabe. Mais je ne puis
m'empêcher d'éprouver un sentiment de gratitude. Car, ce faisant, ils ont affirmé, au-delà de l'adversité
présente, l'inéluctabilité de notre réconciliation future. Ils ont simplement redit notre commune
humanité.»
A l'heure des bombardements sur Gaza et, donc, d'une nouvelle course à l'abîme du conflit
israélo-palestinien, ces mots peuvent paraître dérisoires. Ils sont au contraire essentiels, à la manière
d'un pare-feu protecteur. Car rien ne serait plus dangereux, aux deux pôles extrêmes de radicalisation de
ses enjeux, que l'instrumentation de ce conflit dans notre paysage national. La diabolisation des «
barbares » (identifiés aux Arabes et aux Noirs) tout comme celle des « sionistes » (pour dire les Juifs)
sont deux ressorts de haines et de violences qui s'entretiennent. Il nous faut d'autant plus y prendre
garde que ce serait se voiler la face que d'ignorer l'émergence d'un antisémitisme du ghetto, selon
l'impeccable démonstration récente du sociologue Didier Lapeyronnie
<http://www.ehess.fr/cadis/francais/pages/chercheurs/pres-lapeyronnie.html> (Ghetto urbain, Robert
Laffont, 2008).
«La focalisation sur les Juifs est l'envers de l'absence de politique ou de l'absence de sens : elle est
une demande d'antisémitisme politique, comme une sorte de demande folle de sens et d'intégration, a-t-il
constaté durant son enquête de terrain sur le cocktail explosif que constitue l'alliage de la
ségrégation, de la violence et de la pauvreté dans certains quartiers déshérités. [...] Si je ne suis
rien, les Juifs sont tout, si je suis exclu, les Juifs sont intégrés, si je suis pauvre, ils sont riches,
si je suis méconnu, ils sont reconnus, si je suis méchant, ils sont gentils, si je suis dépourvu de
communauté, ils en ont une, si je suis impuissant, ils sont puissants... Au fond, ils concentrent tout le
sens et assèchent toutes les possibilités de donner une signification à une situation vécue. "Les Juifs,
il y en a partout... C'est bien ça le problème !", conclut Sofiane. Il devient donc inutile de chercher à
se transformer ou de chercher à changer la société, il devient inutile de revendiquer ou d'agir. Il
devient inutile de penser. L'antisémitisme résout tous les problèmes : il suffit d'inverser les
polarités. S'ils n'étaient pas partout, je ne serais pas nulle part !»
Constat où l'on retrouve la formule de David Rousset, qualifiant la révolte de l'antisémite d'impuissance
de sa servilité. Les réponses durables sont évidemment politiques et sociales, tant cette régression se
glisse dans un espace de vide politique et de crise sociale. Mais on ne saurait les attendre sans
commencer par répondre consciencieusement à cet antisémitisme de l'ignorance, pour le réduire avant qu'il
ne prenne racine. A ce pitre qui ne rit pas et ne fait pas rire, opposons les rires de fraternités
réinventées et réenchantées. Le rire, par exemple, de Germaine Tillion
<http://fr.wikipedia.org/wiki/Germaine_Tillion> , résistante et déportée, inlassable combattante, qui
nous a quittés en 2008 et qui, en 2002, écrivait ceci : «La fraternité est la loi humaine, le racisme une
monstruosité. Mais, attention, si vous ne luttez pas contre la misère, si vous laissez des gens mourir de
solitude, ils peuvent devenir un jour la proie du racisme. Je n'admets pas que tous les gens qui sont en
France, qui sont français quand ils le veulent et s'ils le veulent, soient mis à la porte.»
Ecrites sous le choc de la présence de l'extrême droite au second tour de l'élection présidentielle de
2002, ces lignes parues dans L'Humanité furent titrées par Germaine Tillion
<http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/190408/germaine-tillion-une-conscience-pour-le-xxe-siecle>
, en résonance complice avec son ami David Rousset : « Le pitre ne rit pas »
<http://www.humanite.fr/2002-05-02_Tribune-libre_-Le-pitre-ne-rit-pas-Par-Germaine-Tillion> .
Source TERRA : http://www.mediapart.fr/journal/france/311208/dieudonne-ce-pitre-qui-ne-fait-pas-rire
Il existe sur le Net plusieurs vidéos de la soirée du 26 décembre 2008 au Zénith. Celle-ci est la plus
complète et la plus précise, ayant été filmée directement sur la scène. Elle est signée
"labanlieusexprime.org": il s'agit d'un site crée et animé pat Ahmed Moualek, ami et soutien de Dieudonné
dont il partage le rapprochement avec l'extrême droite, comme en témoigne cet entretien à Minute
<http://www.labanlieuesexprime.org/article.php3?id_article=1513> intitulé "Le Pen est un homme de
parole" : http://www.dailymotion.com/video/x7v6cw_dieudonn-robert-faurisson_news
Mais j'ai l'impression que tu aimes ça toi jouer, non ? hu hu
Très bonne année et tous mes voeux ! vive l'an neuf
Oui, j'aime jouer Koulou, mais pas avec le négationnisme, c'est bien trop grave.
Meilleurs voeux à toi aussi
http://www.dailymotion.com/relevance/search/Dieudo/video/x7w5dp_le-dieudonez-au-mdias_news